Prétentions salariales : comment répondre avec une fourchette

Préparez une fourchette en brut annuel à partir des offres comparables, de votre convention collective et de votre réseau, puis donnez-la quand on vous la demande, avec un bas de fourchette que vous accepteriez vraiment. Précisez si vous parlez du fixe seul ou du package, et répondez en une ou deux phrases, sans vous justifier.

Pourquoi c'est si difficile

En France, parler d'argent reste gênant, et beaucoup de candidats perdent leurs moyens au moment de donner un chiffre. Pourtant, la question « Quelles sont vos prétentions salariales ? » arrive souvent tôt, dès l'appel de préqualification avec les RH. Le recruteur veut surtout savoir si vous êtes dans son budget. Un chiffre clair, donné calmement, est une réponse professionnelle. Un « euh, je ne sais pas, ce que vous proposez » vous fait perdre de la marge.

Construire votre fourchette

  1. Regardez les offres comparables qui affichent un salaire : même métier, même niveau d'expérience, même région. Les salaires en Île-de-France et en région ne sont pas les mêmes.
  2. Consultez votre convention collective si elle prévoit une grille de salaires minimum pour votre niveau. C'est un plancher, pas une cible.
  3. Demandez à votre réseau : anciens camarades de promo, collègues partis ailleurs, recruteurs qui vous ont contacté.
  4. Partez de votre salaire actuel si vous êtes en poste : un changement d'employeur s'accompagne souvent d'une hausse, mais votre fourchette doit d'abord coller au marché.
  5. Fixez trois chiffres : votre plancher (en dessous, vous refusez), votre cible, et un haut de fourchette ambitieux mais défendable.

Donnez ensuite une fourchette dont le bas est au-dessus de votre plancher, et dont l'écart reste raisonnable, par exemple 42 à 46 k€ plutôt que 35 à 55 k€.

Brut, fixe, variable : parlez la même langue

TermeCe qu'il veut direCe que vous précisez
Brut annuelAvant cotisations, sur douze ou treize mois« 44 k€ brut annuel » est la façon standard de parler
FixeLa partie garantieSi votre fourchette porte sur le fixe seul
VariablePrimes, commissions, bonus sur objectifsLe montant à objectifs atteints, et s'il est souvent atteint
Avantages13e mois, tickets restaurant, mutuelle, intéressement, télétravailCe qui compte pour vous dans la comparaison

Les phrases, selon l'étape

Au premier appel avec les RH

Si vous voulez d'abord en savoir plus sur le poste :

« Je préfère en savoir un peu plus sur le périmètre avant de vous donner un chiffre précis. Pouvez-vous me dire quelle est la fourchette prévue pour ce poste ? »

Si on insiste, ou si vous êtes prêt :

« Pour un poste de ce niveau en région lyonnaise, je vise entre 42 et 46 k€ brut annuel sur le fixe. »

En entretien avec le manager

« Ma fourchette est de 42 à 46 k€ fixe. Je suis ouvert sur la répartition entre fixe et variable selon la façon dont le variable est calculé. »

En fin de processus, quand on vous fait une offre

« Merci pour cette proposition. Elle est un peu en dessous de ce que j'avais indiqué. Avec la gestion de deux marchés export, je pensais plutôt à 45 k€. Est-ce qu'il y a de la marge sur le fixe, ou à défaut sur le variable ? »

Après le chiffre, taisez-vous. Le silence fait partie de la négociation.

Les erreurs fréquentes

ErreurPourquoi ça vous dessertÀ la place
« Ce que vous proposez »Vous laissez l'autre fixer seul le chiffreUne fourchette, même large au départ
Une fourchette énorme (35 à 55 k€)Le recruteur ne retient que le basUn écart de 10 % environ
Parler en net mensuelCe n'est pas la convention, et ça crée la confusionBrut annuel
Justifier par vos dépenses (loyer, crédit)Ce n'est pas l'affaire de l'employeurJustifiez par le poste et votre expérience
S'excuser avant de donner le chiffreVous montrez que vous n'y croyez pasLe chiffre d'abord, calmement
Donner un chiffre et le baisser tout de suiteVous perdez la négociation avant qu'elle commenceLaissez le recruteur réagir

Entraînez-vous à le dire

Le chiffre doit sortir sans « euh ». Dites votre phrase à voix haute dix fois, jusqu'à ce qu'elle sorte du même ton que votre prénom. Vérifiez votre débit et vos hésitations dans l'outil répondre à voix haute aux questions d'entretien. Pour le jour de l'offre, entraînez-vous avec quelqu'un qui joue le recruteur et négocie : dans Speaking Coach, la scène où l'on demande une augmentation se prête aussi à ce genre d'échange sur l'argent.

Les questions qu'on se pose

Faut-il donner son salaire actuel ?

Vous pouvez le donner si vous pensez qu'il vous aide, ou recentrer : « Je préfère parler de ce que je vise pour ce poste, qui a un périmètre plus large. » Ne mentez pas sur le montant.

Que faire si l'offre affiche déjà une fourchette ?

Situez-vous dedans, plutôt vers le haut si votre profil coche toutes les cases, et dites pourquoi en une phrase.

Peut-on négocier un premier emploi ?

Souvent un peu moins, mais vous pouvez demander où se situe le poste dans la grille et négocier sur d'autres éléments : télétravail, date de démarrage, formation.

Parle-t-on du variable dès le premier entretien ?

Si le poste a une part variable importante, oui : demandez comment elle est calculée et si elle est en général atteinte. C'est une question légitime, qui a aussi sa place quand le recruteur vous demande si vous avez des questions.

Que dire si mes prétentions sont au-dessus de leur budget ?

Demandez quel est leur budget, puis voyez si d'autres éléments compensent l'écart. Si l'écart est trop grand, il vaut mieux le savoir tôt.